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La Psychologie en Haïti durant les dernières décades

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La psychologie est introduite en Haïti quand les premiers professionnels, psychiatres et psychologues, reviennent dans leur pays natal professer leur art et leur talent. En éducation, puis dans la prévention contre la séroprévalence et la lutte contre la toxicomanie, les psychologues travaillent depuis les années 80 à aider la population haïtienne. Deux facultés de l’Université d’État d’Haïti offrent depuis la fin des années soixante-dix un enseignement sur la formation de psychologues haïtiens. Le séisme du 12 janvier représente un moment et un élan pour la psychologie en Haïti, tant par les besoins de soins qu’il a générés que par la légitimation sociale de ce métier.

La psychologie en Haïti à partir des années 60

Cela fait plus d’une trentaine d’années que la psychologie est enseignée à l’Université et pratiquée comme méthode de traitement et d’aide. Les premiers psychologues haïtiens revenus des États-Unis ou d’Europe, de la France particulièrement, sont rentrés au pays durant les années soixante. Les premiers professionnels de santé mentale revenus étaient des psychiatres ou des neurologues qui, par défaut, introduisirent les premières approches psychologiques.

Durant les années soixante-dix, la psychologie a été appréhendée par notre mentalité magico-religieuse comme un nouvel art de la divination, « le divinor de salon ». Au pays du Vodou, les crises et problèmes de comportements sont souvent perçus comme effets de mauvais équilibres avec les esprits ou les loas. Les professionnels de santé mentale haïtiens ne pouvaient qu’associer les facteurs socioculturels aux fondamentaux de la psychiatrie et de la psychologie occidentales (Desrosiers et Saint Fleurose, 2002).

L’école ethnopsychiatrique haïtienne a été reconnue à travers les travaux de Louis Mars, Lamarck Douyon, Jeanne Philippe, Jean Baptiste Romain et Ernst Mirville. Cette approche a largement dominé les premiers mouvements jusqu’à ce que certains psychologues formés aux États-Unis à l’école béhavioriste appréhendent le patient haïtien sans considération particulière des référents socioculturels. S’ouvrit une longue période de confrontations entre les deux courants, encore visibles dans l’existence de deux départements d’enseignement à l’UEH : à la Faculté d’Ethnologie, une logique plutôt clinique ; à la Faculté des Sciences Humaines, l’éducation et le social.

Ces deux départements, mis en place en 1974 et en 1979, ont longtemps formé seulement une centaine de professionnels. La psychologie est restée confinée entre les murs universitaires. C’est dans le secteur de l’éducation que les premiers psychologues ont trouvé un meilleur accueil. Le niveau d’information de la population sur l’importance des services psychologiques est demeuré très faible jusque dans les années 90. La représentation la plus largement partagée est que ce professionnel s’occupe de personnes « folles », indésirables et irrécupérables.

À partir des années 70, la psychologie a percé quelques murs de résistance dans certains milieux bourgeois, intellectuels et politiques. Les soubresauts politiques à partir de 1986, le VIH-Sida et la toxicomanie des jeunes ont mobilisé des ONG pour le counseling. Des organisations de défense des victimes ont mis en place des suivis psychologiques, particulièrement au bénéfice des filles et des femmes violentées et des enfants orphelins. L’accès aux cabinets reste entravé par le coût.

Enseignement de la psychologie

À la Faculté d’Ethnologie, la formation était orientée vers les racines historiques, culturelles et idéologiques du peuple haïtien, dans la perspective de l’ethnopsychiatrie. À la FASCH, les étudiants sont formés aux théories et travaux de Freud, Piaget, Skinner, Cattell, Erickson, avec un Centre d’Hygiène Mentale articulant enseignement et soins. Le séisme du 12 janvier 2010 rappela à la société haïtienne que les savoirs psychologiques peuvent soutenir les gens.

Haïti et la psychologie après le séisme du 12 janvier 2010

Un Centre Psychotrauma a été mis en place en février 2010 par URAMEL. Une flottille d’ONG et d’organisations internationales a assuré des premiers soins psychologiques, souvent disparus entre le troisième et le sixième mois. Plus de 300 étudiants finissants en travail social et en psychologie ont été engagés. Très peu de contact a été établi entre les professionnels étrangers et les nationaux, sauf quelques collaborations durables (MDM, MSF, ABPsi, OIM, Douleurs Sans Frontières, entre autres).

Aujourd’hui plus de cinq ans après la catastrophe, plus de 227 000 personnes ont été enterrées dans des fosses communes ; un peu plus de 4 000 amputés exigeront des soins appropriés ; plus d’un million de personnes étaient sans domicile. La santé mentale devient une priorité nationale. Il faut un Plan national de santé mentale : structures centrales et départementales ; formation massive de personnels ; décentralisation des soins ; centres de psychotrauma ; recherche, dont l’exemple RECREAHVI (Université de Lyon et UEH).

Organisation des psychologues haïtiens

Pas moins de sept réunions, de mars à décembre 2010, ont été nécessaires pour la structuration de l’Association Haïtienne de Psychologie (AHPsy). Statuts, règlements internes et code de déontologie ont été votés le 8 janvier 2011. Cette association souhaite participer à la définition du Plan national de santé mentale.

Conclusion

Le séisme du 12 janvier 2010 a révélé à la société haïtienne que la psychologie et les psychologues pouvaient être d’un grand support. Il reste que ces professionnels devront démontrer que la psychologie peut accompagner valablement les Haïtiens dans le monde moderne et dans les aléas de cataclysmes, d’insécurité et d’angoisse. Ce sont là les grands défis pour la psychologie dans les prochaines décennies.


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